L'érythropoïétine

 

A quoi elle sert : facteur de croissance naturel de la fabrication de globules rouges. La fabrication de chaque élément du sang nécessite un facteur de croissance. On en connaît pour les globules blancs (G-CSF ou le GM-CSF), les globules rouges (érythropoïétine) et récemment pour les plaquettes (thrombopoïétine)

Son histoire : L'existence de l'érythropoïétine est connue depuis longtemps car on savait par exemple que pour cultiver les cellules "bébé" de la moelle in vitro, un surnageant contenant des centaines de molécules différentes était nécessaire. On savait aussi que l'insuffisant rénal n'était plus capable de fabriquer des globules rouges, ce qui laisser suspecter le rôle du rein dans la fabrication ou l'activation de ce facteur de croissance. Finalement, grâce aux progrès de la biologie moléculaire, on a découvert cet élément au milieu des années 80.

Comment elle fonctionne ? :

Fabriquée par le foie, elle nécessite aussi une activation par le rein pour fonctionner. Les doses nécessaires sont infimes (comme pour une hormone) ce qui explique pourquoi son dosage est extrêmement difficile. Il s'agit d'une protéine (donc la prise par la bouche est impossible, nécessité d'une injection sous-cutanée ou intra-veineuse) qui agit au niveau des cellules les plus jeunes de la moelle à l'origine des globules rouges, leur permettant de continuer à se diviser et à se différencier en beau globule rouge. En son absence, ces cellules de la moelle meurent, d'où l'absence d'apport de nouveaux globules rouges. L'érythropoïétine n'agit pas en quelques secondes... mais après au moins 10 jours de traitement (cela ne peut donc pas être un traitement d'urgence lors d'hémorragies)

Indications :

Effets secondaires possibles :

A partir du moment où on augmente artificiellement et relativement rapidement le nombre de globules rouges, le sang va s'épaissir, de même que la masse sanguine, d'où deux risques principaux (en dehors de la douleur à l'injection) "historiques" :

Plus l'augmentation de l'hémoglobine (ou de l'hématocrite) est progressive avec l'érythropoïétine (et même si on part d'un chiffre bas), moins les risques sont importants, voir quasi nul de nos jours.

Remarque

Pour la majorité des facteurs de croissance, lorsque l'organisme est capable d'en fabriquer et a besoin d'une régénération rapide des cellules, ajouter en plus artificiellement un facteur de croissance ne sert à rien, d'où les indications limitées de l'érythropoïétine. Ceci explique aussi pourquoi son effet pendant les chimiothérapies est limité (pour éviter l'anémie) car, passé un seuil, l'organisme ne peut pas fabriquer autant de globules rouges que l'on pourrait espérer;

Le cas du dopage avec l'érythropoïétine est inquiétant et l'on assiste depuis de nombreuses années à des problèmes chez les sportifs. S'il est évident que l'augmentation des globules rouge augmente les capacités sportives (plus d'apport d'oxygène, mais un séjour à la montagne prolongé serait pareil et moins dangereux; -- A noter l'anecdote d'un sportif de ski de fond, qui gagnait toutes les courses et qui avait, physiologiquement, comme toute sa famille, une activité de l'érythropoïétine augmentée --), le passage à des taux très élevés d'hémoglobine ou d'hématocrite expose à des risques de thromboses ou de microthromboses qui seront payées un jour. Le dosage de l'érythropoïétine est quasi impossible car on connaît mal les normes. La seule façon de dépister est indirecte en dosant l'hématocrite. Or, pour un sportif, s'il boit de grandes quantités d'eau à la fin de son effort, il peut diluer pendant quelques heures son sang, et rabaisser artificiellement son chiffre d'hématocrite, d'où ces tests réalisés à la hussarde au lever des coureurs cyclistes (mais hypocrisie du monde sportif, la limite supérieure admise est de 50%, largement au dessus de ce qui est communément admis!). Enfin notons la probable existence de dopage avec des hémoglobines artificielles, genre PFC : de vrais cobayes!

Dans tous ces cas, personne n'est capable encore de prévoir les conséquences de l'utilisation à long terme de ces produits sur la moelle osseuse.

Conclusion : La découverte de l'érythropoïétine a eu deux conséquences importantes, la facilitation de la recherche en hématologie et la fin des anémies chroniques des insuffisants rénaux avancés ou en dialyse. L'utilisation sous forme de dopage est dangereuse (et sa légalisation une hérésie) et la meilleure condamnation de ces traficants et utilisateurs serait d'aller passer quelques jours dans les services d'hémodialyse.

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